Tout et rien

En 2005, Vincent Reynouard* écrit et envoie à des syndicats d’initiative, des musées et des mairies un fascicule de seize pages intitulé Holocauste ? Ce que l’on vous cache, dans lequel il prend le contre-pied de l’histoire académique. La justice française s’abat aussitôt sur lui. En première instance, il est condamné, en 2007, par le tribunal correctionnel de Saverne, dans le Bas-Rhin, à un an de prison ferme, 10'000 euros d’amende et 3'000 euros de dommages et intérêts pour la LICRA. En appel, en juin 2008, la Cour de Colmar confirme la peine de prison et le condamne à un total de 60'000 euros (20'000 euros d’amende + publications forcées et frais divers). Du jamais vu. Comme Vincent Reynouard réside en Belgique, la France lance contre lui un mandat d’arrêt européen pour l’obliger à purger la peine d’un an de prison ordonnée par la Cour d’appel de Colmar. Le 9 juillet 2010, il est emprisonné par la police belge, en attendant son extradition en France. Ce qui fait dire à l’intéressé : «Quand on ne songe qu’à la mise en prison pour se débarrasser d’un contradicteur, c’est qu’on n’a pas d’arguments.» Conclusion : un homme âgé de 41 ans, père de huit enfants, est actuellement emprisonné pour ses recherches historiques, en raison de la loi Gayssot..

Cette loi, promulguée au Journal officiel de la République française le 14 juillet 1990, interdit, dans son article 24 bis, le fait de «contester (...) l’existence d’un ou plusieurs crimes contre l’humanité tels qu’ils sont définis par l’article 6 du statut du Tribunal militaire international [dit de Nuremberg] annexé à l’accord de Londres du 8 août 1945». Dans mon livre Sarkozy, Israël et les juifs (Oser dire, 2009), j’ai rappelé que cette loi liberticide a été vivement critiquée par des personnalités comme l’académicienne française Simone Veil ; le Secrétaire perpétuel de l’Académie française, Hélène Carrère d’Encausse ; les ministres Jean Foyer, Jacques Toubon, Alain Peyrefitte ; les historiens Henri Amouroux, Pierre Vidal-Naquet, Annie Kriegel, François Furet, Alain Besançon, Jacques Willequet et çois Bédarida ; la fondatrice de l’Institut de recherche Hannah Arendt, Chantal Delsol ; le prix Nobel d’économie 1988, Maurice Allais ; les écrivains Michel Tournier, Louis Pauwels, Michel Houellebecq, Philippe Muray, Jean Daniel, Vladimir Volkoff, Michel Rachline et Alain Robbe-Grillet ; les magistrats Philippe Bilger, Alain Marsaud et Raoul Béteille ; les juristes Olivier Duhamel, Anne-Marie Le Pourhiet, Emmanuelle Duverger, André Decoq et Guy Carcassonne ; les avocats Jacques Vergès et John Bastardi Daumont ; le philosophe Paul Ricoeur ; l’humoriste Bruno Gaccio ; des défenseurs de la liberté d’expression comme le fondateur de Reporters sans frontières Robert Ménard (qui la dénonce comme une « police de la pensée ») et Gabriel Cohn-Bendit ; les journalistes Dominique Jamet, Delfeil ... Lire la suite de l'article