TRAVAIL (VALEUR ?)

On ne rappellera jamais assez que le « travail » vient du latin tripalium, qui désignait un instrument de torture (formé de trois pieux, si vous aimez les précisions). Vous préférez « labeur » ? Ça veut dire « souffrance »…

C’est comme l’amour dans les films de Truffaut : « C’est une joie, ou une souffrance ? – C’est une joie, et une souffrance ». En tout cas, dans notre culture, qui n’est pas forcément, en tout point, supérieure aux autres. Il y a des civilisations, pour parler comme le Béant, dans lesquelles ni le mot ni la notion de « travail » n’existent. D’accord, elles sont arriérées, mais est-il vraiment raisonnable de ne parler que de travail, comme nous y invite une campagne électorale orageuse, mais, somme toute, assez comparable à un jeu de rôles ?

TRAVAILLEUSES, TRAVAILLEURS…

Au sens large, on pourrait dire que tout le monde travaille, sauf les rentiers, qui laissent leur argent travailler à leur place. Il est très étonnant que, dans le discours sur la « valeur travail », on parle si peu du travail des valeurs en bourse, qui constitue pourtant la plus belle pompe à fric que l’humanité moderne ait inventé. Je sais bien que des théoriciens protestants se sont évertués à montrer le côté moral de l’affaire, mais quand on n’est ni théoricien ni protestant, on a un peu de mal à encaisser que tant de gens vivent des richesses produites par la sueur des autres, et s’auto-désignent, qui plus est, comme des bienfaiteurs de l’humanité sans qui rien ne serait possible. Tout se passe comme si les salariés, dont le travail sudatoire produit des richesses, étaient en fait les débiteurs des investisseurs qui leur procurent la chance de pouvoir travailler. C’est bien ce qui ressort du discours de la droite libérale, toujours inquiète des réactions du « marché », un marché pour grosses légumes évidemment (le « petit actionnaire » est un être virtuel qui a aussi peu d’existence concrète que les trois ours de Boucle d’or), et toujours prête à se lamenter sur les exigences des travailleurs cossards, aveuglés par l’esprit de lucre et obsédés par l’idée de partir en retraite avant d’être morts. La preuve ? On commence la journée non point en faisant le compte des accidents du travail, mais en écoutant son radioréveil nous renseigner sur les cours de Wall Street, Tokyo, et l’ « ouverture » à Paris (ça, c’est pour les retraités qui restent au pieu jusqu’à 9h). Et l’on en apprend de belles sur ces marchés qui ont mal partout, se paient des coups de fièvre, des chutes casse-gueule, et des maladies mentales pathétiques (quand ils ne sont pas « déprimés », ils sont « en crise », comme le premier rhumatismal venu). Sincèrement, je me demande comment on peut nous faire avaler ça, chaque matin, et dans le coin droit de la télé, sur les chaînes d’information permanente.

STAKHANOV SE L’EST FAIT METTRE !

Remarquez, du ... Lire la suite de l'article