Jeunes: le pessimisme des Français contre l'enthousiasme des Américains

Les jeunes Français sont «pessimistes», «mal partis» et mal aimés dans leur pays. Les articles et les études à ce sujet ont défilé dans la presse cet hiver. Comment expliquer cette déprime de la jeunesse? Le chômage et la précarité sont des facteurs essentiels bien sûr, mais il y a également un aspect culturel de ce malaise qui devient évident quand on se confronte à une autre approche.

Lorsque après vingt-cinq ans en France, on part vivre aux Etats-Unis, la différence entre les attitudes envers les jeunes dans les deux sociétés saute aux yeux. On caricature beaucoup l’esprit positif et hyper enthousiaste («you can do it!») des Américains, mais les conséquences de la critique à la française méritent aussi d’être examinées.

Les jeunes Français se sous-estiment, disent facilement «je suis nul», et ne sont pas toujours encouragés dans leurs ambitions. De son côté, la culture américaine crée des jeunes ambitieux, parfois jusqu'à l’arrogance, qui surestiment souvent leurs capacités, et sont à l’aise pour parler en public.

L'Amérique du «moi»

Dans les années 1970, l'Amérique est passée par ce que l'écrivain Tom Wolfe a appelé «la décennie du moi», où chacun était sommé de se «trouver», de «s'exprimer», de «réaliser son potentiel». C'est aussi à ce moment que plusieurs études psychologiques dans les écoles ont montré que les attentes positives des enseignants avaient un effet favorable sur les jeunes (alors que l’anticipation de l’échec pouvait contribuer à le provoquer).

En bref, lorsqu’un parent ou un enseignant est très encourageant, l'enfant a tendance à être plus confiant. Cette idée a inspiré la pédagogie américaine, et a été poussée un peu trop loin nous le verrons, alors qu'en France son influence est restée bien plus limitée. Au pays de Descartes, il semble que le doute et la critique soient vus comme les seuls moyens d'atteindre l'excellence.

La divergence commence tôt. Des études de 2006 montrent que les Français de dix ans interrogés sous-estimaient leur capacités en lecture par rapport à la réalité. Ils étaient bien moins «nuls» que ce qu’ils pensaient. A l’inverse, les Américains de 13 ans, selon une étude citée dans le livre de 2009 The Narcissism Epidemic (L'Epidemie de narcissisme) surestiment leurs capacités en mathématiques, et trois lycéens sur quatre se disent «satisfaits d'eux mêmes».

De plus, les jeunes Américains sont très tôt encouragés à avoir des responsabilités et un rôle actif dans la communauté: magazines de lycée, prise de parole en public, levées de fonds pour des projets extrascolaires, volontariat, petits boulots, discussions personnelles avec les professeurs, etc. L'effet de ces initiatives est de réduire la distance hiérarchique entre jeunes et adultes, ainsi que de favoriser le ... Lire la suite de l'article