L'ironie sur Facebook, motif valable de licenciement

Il s'agit d'une première : faire preuve de mauvais esprit sur sa page Facebook est un motif de licenciement valable. Le conseil des prud'hommes de Boulogne-Billancourt estime fondée la décision prise par l'entreprise d'ingénierie Alten d'avoir renvoyé trois de leurs employés en 2008, pour avoir ironisé sur leur hiérarchie lors d'une conversation privée sur le réseau social.

En décembre 2008, lors d'échanges sur le réseau social Facebook, l'un des trois salariés de cette entreprise, s'estimant mal considéré par sa direction, avait ironisé sur sa page personnelle, en disant faire partie d'un « club des néfastes ». Deux autres employées avaient répondu : « Bienvenue au club ».

C'est France Info, ayant révélé cette affaire en mai, qui annonce cette décision tombée dans la matinée. Comme le site de la radio le rappelle :

« Un [autre] “ami” des employés sur Facebook ayant eu accès à leur conversation, avait fait une copie des propos tenus et les avait transmis à la direction de l'entreprise.

Quelques semaines plus tard, ils avaient été licenciés pour “incitation à la rébellion” et “dénigrement de l'entreprise”. »

Deux des trois salariés licenciés avaient alors pris la décision de contester leur licenciement devant la justice. Ce matin le conseil a suivi le raisonnement de l'entreprise qui contestait le caractère privé du site :

« La page mentionnant les propos incriminés constitue un moyen de preuve licite du caractère bien-fondé du licenciement »

Facebook, de l'ordre de « la sphère publique »

Contacté par Rue89, Christophe Noël, avocat spécialisé en droit social, rappelle que cette décision n'a pas valeur de jurisprudence, puisqu'il s'agit d'un jugement de première instance. Il conseille cependant la vigilance :

« Dans une telle affaire, la question qui se pose est celle du conflit entre la vie privée et le respect de l'image de l'entreprise. Ici, les prud'hommes ont estimé qu'il y avait un trouble manifeste pour l'image de l'entreprise.

Le moment le plus intéressant sera celui où la Cour de cassation s'exprimera au sujet du caractère public ou privé du réseau social. »

Selon l'avocat, Facebook s'apparente plus à la sphère publique que privée. Il faudrait donc rester sur ses gardes :

« Vu les lacunes du site en matière de préservation des données privées, on est véritablement pour moi dans le domaine du public puisque, dans le cas qui nous intéresse ici, c'est un “ami d'amis” qui a fait acte de délation.

Pour éviter tout problème, il faut donc rester vigilant et ne pas tenir n'importe quel propos sur Facebook. Tout comme il faut tenir compte de la fonction manifeste que l'on occupe au sein de son entreprise avant de s'exprimer à son sujet sur Internet.. »

Reprenant les propos de Me Grégory Saint-Michel, l'avocat des deux anciens salariés, France info signale que

« C'est la première fois que la ... Lire la suite de l'article