Hier, j’ai envoyé un SMS groupé à une vingtaine d’amis (oui, je sais, c’est atroce d’envoyer des SMS groupés, mais je suis comme ça moi: atroce). 23, plus exactement. Le corps du SMS était « Hanouka Saméah! », ce qui veut dire, si je ne m’abuse, « Joyeux Hanouka », ou « Elle est bonne cette purée Mousseline », je sais jamais. Pour l’Aïd, il y a quelques semaines de cela, mes souhaits n’étaient allés qu’à une petite dizaine de personnes (dont ma famille). Pas parce que je suis moins sympa avec mes amis musulmans qu’avec mes amis juifs, mais tout simplement parce que je n’en ai pas. Ou presque (des amis musulmans, pas des amis tout court)..
Cela vient sûrement du peu de mixité sociale des établissements que j’ai fréquenté durant ma scolarité, ayant eu la chance de récolter une dérogation pour aller au collège et au lycée hors de ma banlieue natale. J’étais souvent le seul arabe et/ou musulman de ma classe, si l’on exclut les fils d’émirs et les fils et filles à papa de riches maghrébins, envoyés à Paris pour leurs études. N’étant à l’époque que peu versé dans certains arts comme celui de choisir la couleur de sa Maserati avec un manque total de goût, ou demander du ketchup et un Coca Light chez Guy Savoy ( qu’ils prononcent « Savoille », comme les hôtels), le fossé entre eux et moi était infranchissable. Je me suis alors naturellement rapproché des jeunes gens ayant la culture, les traditions, et les rapports à la famille (et surtout à la mère) les plus proches de moi: les Séfarades de ma classe. C’était d’abord très drôle de voir un blond aux yeux bleus m’expliquer pourquoi le couscous-boulette et le Bsal ou Loubia de sa mère était sûrement meilleur que celui de la mienne. Et puis les amis Ashkénazes de mes amis séfarades sont entrés dans ma vie, et le monde a soudain pris toutes les couleurs de l’arc en ciel de la crise existentielle, à savoir le Noir, le Noir foncé, Le Noir Brillant, et le Noir Mat. Je me suis d’ailleurs longtemps demandé qui de l’oeuf ou de la poule, au sujet de mes angoisses personnelles et mes questionnements intérieurs, était arrivé en premier. Est-ce que c’est parce que je suis un névrosé pessimiste que je me suis senti à l’aise avec les ashkénazes de mon entourage, où est-ce en les fréquentant que je me suis mis à donner beaucoup trop d’importance à mes névroses?
Quoi qu’il en soit, la vie était belle. Je mangeais des Falafels, et je couchais avec des filles qui pensaient que j’étais juif parce que j’étais circoncis (alors que ma bite est tout sauf Casher), et que mon nom et mon prénom, en vrai, personne ne sait vraiment d’où ça peut venir. Et puis quand je me promenais rue des Rosiers, les orthodoxes postés au coin de la Rue des Ecouffes me proposaient de mettre les Téfilines (alors que sérieux, les mecs, j’ai VRAIMENT une gueule de bougnoule, je sais pas comment vous faites pour ne pas le voir), je sais ce qu’est ... Lire la suite de l'article

