Ce mouvement a suscité la sympathie en Europe, mais aussi la crainte, parfois non exprimée mais bien réelle, de voir certains de ces pays tomber aux mains des partis islamistes lors des premières élections libres. Toutefois, ces formations adoptent aujourd’hui un discours prudent et modéré affirmant leur attachement à la démocratie, voire leur absence de volonté de remise en cause des libertés et des droits de la femme, notamment en Tunisie, s’identifiant à l’AKP turque et rejetant le modèle de l’ex-FIS algérien et, à fortiori, des Talibans ou d’Al Qaïda. Quoi qu’il en soit, un tel résultat, s’il venait à être acquis à l’issue d’élections libres comme ce fut le cas en Palestine avec la victoire du Hamas aux élections législatives, représenterait le choix majoritaire du peuple qui l’aurait exprimé et sa légitimité ne pourrait être mise en cause..
Certains tentent d’écarter les inquiétudes suscitées par d’éventuelles victoires islamistes en invoquant des propos rassurants, tenant au fait que les religieux n’étaient pas, du moins au départ, à la pointe des révoltes tunisienne et égyptienne, et en soulignant que leurs leaders et leurs militants s’étaient même fait conspuer par les manifestants en Algérie ou en Tunisie. La spontanéité de ces révoltes, leur composante laïque et moderniste et le rôle déterminant de « Facebook » et de « Twitter » auxquels a recouru la jeunesse des classes moyennes, ont également été mis en avant. Enfin, il est rappelé que ces révolutions restent mues par une soif de liberté associée à une volonté d’en finir avec la corruption et les privilèges des nomenklatura de ces régimes, ainsi qu’avec les inégalités croissantes et un chômage touchant autant les classes populaires que les jeunes diplômés des classes moyennes. Si tout ceci est exact, qui peut aujourd’hui se hasarder à formuler un pronostic électoral ou prétendre évaluer le poids des partis islamistes, alors qu’aucun instrument de mesure de l’opinion n’existe, à ce jour, dans ces Etats ?
Malgré cette inconnue de taille, plusieurs éléments inclinent à penser qu’il serait erroné de minorer l’audience du courant islamiste, y compris en Tunisie et, à plus forte raison, en Egypte, en Jordanie ou au Yémen, où il représente la principale opposition.
Ainsi, en Tunisie, la liesse populaire qui a entouré le récent retour d’exil de Rached Ghannouchi, chef du mouvement islamiste Ennahda, voyant l’aéroport de Tunis noir de monde, a de quoi interpeller. Ce parti, dont les cadres et les militants sortent à présent de l’ombre, a clairement démontré sa forte capacité de mobilisation à l’égard de ses sympathisants, un élément qui sera indéniablement un atout de taille dans la future campagne électorale. Mais l’expérience des démocraties européennes démontre aussi qu’une ... Lire la suite de l'article

