Mardi matin, j’ai juste le temps de passer à la bouquinerie Le Rêve de l’Escalier et pas pour rien, j’y trouve la correspondance de Flannery O’Connor réunie par L’Imaginaire/Gallimard sous le titre plutôt amielesque L’habitude d’être puis je me hâte vers le Tribunal Administratif à l’appel du Réseau Education Sans Frontières. Une jeune femme tchétchène y risque l’Obligation de Quitter le Territoire Français.

Nous sommes une huitaine auprès d’elle stressée. Le Tribunal entre à l’heure dite. On évoque d’abord le cas d’un homme venu là avec des béquilles, étant tombé d’un échafaudage sans protection alors qu’il travaillait au noir (comme on dit) pour une entreprise indélicate. La conclusion du rapporteur public, un jeune homme à haut débit, ne lui est pas favorable.

L’avocate plaide la cause de celle pour qui nous sommes là. De mère russe et de père tchétchène (ce qui n’est pas bien vu en Tchétchénie), son mari ayant disparu, elle a quitté son pays, est passée par Moscou, et est arrivée en France le quinze février deux mille sept avec ses deux enfants pour fuir la menace d’être mariée de force avec un cousin de son mari et en cas de refus l’enlèvement de ses enfants. En France, elle a appris le français à l’Université et a eu un troisième enfant. Elle travaille bénévolement pour une association caritative et a deux promesses d’embauche, couture ou aide à domicile.

Le jeune homme rapporteur, toujours en haut débit, démonte un à un les arguments de l’avocate, mettant beaucoup de conviction dans son propos.

La Présidente annonce que l’affaire est mise en délibéré et nous sortons. La jeune femme est prête à perdre espoir. Nous la rassurons un peu, rien n’est joué et le fait que les juges aient demandé un document manquant au dossier peut être considéré comme une ouverture. La décision sera rendue dans quinze jours.

Rentré chez moi, j’ai juste le temps de déjeuner et je rejoins peu après treize heures le rassemblement express, dit flache meube, « pour une sortie du nucléaire et en solidarité avec le Japon » organisé par le Collectif Stop Heupéherre (ni à Penly, ni ailleurs). Nous sommes deux dizaines, dont quelques Verts sans drapeau. La télévision régionale filme. Les passants vont, indifférents, aussi tranquilles que des Japonais d’avant le tremblement de terre, pas du tout réceptifs aux slogans entendus :

« Vous avez raté Tchernobyl, ne manquez pas la leçon de rattrapage que nous donne le Japon. »

« Un homme averti en vaut deux, un homme irradié ne vaut rien. »

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