La "menace terroriste" ? Vigipirate ?Deux choses qui n’ont évidemment rien à voir, puisque Vigipirate dure depuis des années et que cela n’a jamais empêché une bombe de sauter. Par contre, cela fait partie des choses qui permettent de justifier toutes les attaques quotidiennes contre les pauvres, toutes les inetrdictions minimes, toutes les petites vexations ordinaires qui font de nos vies un enfer permanent.

Cela entretient une ambiance de peur et de répression qui contamine tout le monde, ou tout le monde devient suspect aux yeux des autres : des lieux autrefois refuges pour les précaires, espaces de gratuité et de culture se transforment en espaces surveillés et hostiles....

C’est ainsi qu’hier, alors que je me rendais à une bibliothèque des quartiers chics de la capitale, j’aperçois un groupe de gens et la police nous barrant le passage de la bibliothèque. L’un d’eux m’explique qu’ils attendent le service de déminage pour un colis piégé. Je prends mon mal en patience et attends comme les autres dans le froid. Pour moi, la bibliothèque est l’une des rares sorties gratuites que je puisse faire. Cela me sort un peu de ma solitude, même si je ne parle pas vraiment aux autres.

Une dame âgée vient me demander de quoi il s’agit et je lui explique. "Probablement un sac oublié par quelqu’un" "Avant, on aurait donné un coup de pied dedans ou on l’aurait laissé." , me répond-elle , tranquille. D’autres sont totalement atteints par la paranoïa ambiante.

Le service de déminage arrive, fait sauter le paquet comme il en a reçu la consigne, et repart.

Un flot de gens frigorifiés, dont les bibliothécaires, se masse et nous entrons dans la bibliothèque. Je prends des magazines afin d’y faire des mots fléchés. Cela me permet de faire travailler mes petites cellules grises, et de ne pas penser à mes angoisses de chômeuse longue durée.

Je constate que d’autres ont eu la même idée et je finis presque la grille qu’ils n’ont pas pu finir. C’est qu’ils sont difficiles, ces mots fléchés !

Vous devez vous dire : "Mais qu’est-ce qu’elle nous saoule avec ses loisirs de vieille ?" Attendez, ça vient !

J’en suis donc à ma 3e grille, cramponnée au journal, quand un membre du personnel qui passait par là, me voit écrire sur leur journal. "C’est sur votre journal que vous écrivez, j’espère ?" Me demande t-elle. -Je la regarde bêtement, me disant : "Aie, j’ai encore fait une connerie !" - Euh, non, pourquoi ? - Parce que c’est interdit. (Quel toupet, doit-elle se dire) - Ah ? Mais y en a d’autres qui l’ont fait aussi. Je croyais qu’on pouvait. _ Non ! Vous arrêtez ça tout de suite !"

J’obtempère et remets les magazines à leur place, comme une gamine punie. Bien sûr, l’évènement n’a rien d’extraordinaire ni même de grave. Mais j’ai trouvé sa réplique dure et presque cruelle. A quoi bon mettre des magazines avec des mots fléchés si on ne peut même pas faire ces derniers ? Et si la préoccupation, c’est que tous les usagers puissent, s’ils le veulent, faire la grille de mots ... Lire la suite de l'article