Horst Fantazzini : destin muré et miroir carcéral

Au moment où traitement pénal et carcéral sont les seuls placebos prescrits par le Léviathan néolibéral pour canaliser l’indigence et la pauvreté qu’il génère lui-même [1], ces paroles poussiéreuses de Dostoïevski ont des accents tristement prophétiques. La vie carcérale de l’anarchiste italien Horst Fantazzini condense à elle seule l’incapacité d’une société à faire preuve d’auto-réflexivité. Nous la résumons ici, suivie de la traduction d’un pamphlet politique quasi-foucaldien rédigé au cours des « années de plomb » et des révoltes carcérales des années soixante-dix. Il y parle de la réforme gestionnaire de l’administration carcérale et de l’organisation des résistances politiques internes par les prisonniers [2]. Témoignage d’une époque, certainement pas révolue..

Lignes de vie :

Horst Fantazzini naquit en 1939 dans la Saar du Troisième Reich d’une mère ouvrière et d’un père maçon, partisan anarchiste italien expatrié, Alfonso « Libero » Fantazzini [4]. Dès la naissance, son destin fut peut-être scellé, marqué par la signification-même de son prénom – « réfugié ». Il ne serait nulle part chez lui, ni d’ailleurs jamais vraiment libre.

Après la Seconde guerre mondiale, ses parents revinrent à Bologne en Italie, ville d’origine de son père, où il grandit. La famille était pauvre, et entre étudier et travailler tôt, le choix s’imposa de lui-même. L’amour de la littérature et des Humanités remplit difficilement des assiettes vides. A la majorité, jeune marié, cumulant emplois humiliants et précaires, Horst décida rapidement d’emprunter des chemins de traverse, notamment fasciné par l’aventure de la Bande à Bonnot [5]. Il commença par s’immiscer dans le trafic de motos et de voitures volées...

Sa première arrestation eut lieu en 1960 suite au braquage d’une poste avec un pistolet en plastique. Il fut condamné à cinq années de prison. A sa libération, sa femme malade s’éloigna. Après quelques emplois temporaires, Horst prépara le braquage d’une banque génoise, mais fut arrêté avant le hold up : de nouveau condamné. Alors qu’il purgeait sa peine, il apprit le décès de sa mère, et décida de s’évader de la manière la plus simple qu’il soit : par la fenêtre avec un drap noué. A partir de cette période, il transforma sa vie à la marge en acte politique radical et assumé, inspiré d’une réflexion rhétorique simple empruntée à L’Opéra de Quat’sous de Bertold Brecht : « Qui est le plus criminel, celui qui vole une banque ou celui qui en fonde une ? ».

En 1967, après avoir apeuré une employée de banque lors d’un de ses multiples braquages dans le nord de l’Italie, il s’excusa en envoyant dès le lendemain un énorme bouquet de roses. Il ... Lire la suite de l'article