Jeudi Noir, Brigade activiste des clowns, les Rebeux des Bois… Plus festifs, les nouveaux militants utilisent à la perfection les rouages et les travers de la machine médiatique pour faire connaître leurs actions. Mais en quoi est-ce nouveau?
Une manif de la Brigade activiste des clowns, à Paris en 2006.
Dimanche 19 décembre, sur le plateau de C Politique sur France 5, Nicolas Demorand reçoit Nathalie Kosciusko-Morizet. Soudain, plusieurs personnes interrompent le programme pour dénoncer la Loppsi 2. «Juste une minute» réclame une militante. «Ça ne se fait pas», rétorque Demorand, qui lance illico un sujet magnéto, le temps de faire le ménage. L’irruption foire.
Trois jours plus tard, une lettre ouverte «à l’intention de Nicolas Demorand» circule sur le Net, signée «Benoît A.». Ce dernier, membre actif de la Coordination des intermittents et précaires (CIP), justifie aujourd’hui l’incident cathodique: «Puisqu’aucun média ne parle de la Loppsi 2, alors que ces nombreuses mesures concernent tout le monde, on voulait ponctuer notre militantisme de terrain –distribution de tracts, occupations, appels à la manifestation– d’une intervention médiatique non autorisée par les médias aux ordres du pouvoir.»
Un type d'action que s'approprie une nouvelle génération de militants adeptes des happenings, actions commando, squats, blocages ou barbouillages… Décryptage.
Qui sont ces nouveaux militants et comment s'organisent-ils?
Qu’elle soit menée sur un plateau de télévision ou dans la rue, cette stratégie d’appropriation de l’espace médiatique se veut la marque de ces activistes. «Benoit A.» et ses copains récusent toutefois en faire partie, même si leurs actions s'y apparentent. D’autres collectifs en revanche -Jeudi Noir, Déboulonneurs, Brigade activiste des clowns, les Rebeux des Bois ou les fameux Yes Men…- trament leurs actions en fonction des médias. A tel point que certains, comme les Désobéissants, organisent un atelier Médias permettant de mieux comprendre les attentes et les contraintes des journalistes, et donc de s’adresser efficacement à eux.
«Les actions sont pensées comme des coups, des événements factices destinés à attirer l’attention des journalistes et à sensibiliser l’opinion, partant du constat que les médias ont besoin d’angles d’attaques pour aborder les sujets de fond. (…) Tous les moyens sont bons pour frapper l’opinion», rapportent Sébastien Porte et Cyril Cavalié, dans leur ouvrage Un nouvel art de militer (éd. Alternatives).
Ces deux journalistes indépendants ont suivi ces nouveaux groupes contestataires pendant plusieurs années. Ils observent: «Les formes traditionnelles du militantisme tiraient leur légitimité du nombre d’adhérents ou de manifestants dans la rue. L’exposition numérique de la puissance était nécessaire pour ... Lire la suite de l'article

